Pas de patatras ce matin. Inutile d’insister. Je ne ferai aucune plaisanterie sur Tom van der Bruggen, l’inventeur des Kapla qui nous a quitté hier. D’ailleurs il n’y a aucune plaisanterie à faire sur les morts, qu’on les ait aimés ou pas de leur vivant et quelle que furent leurs opinions. En ce qui concerne les petits rectangles de bois, je n’y ai pas joué enfant mais les miens en ont empilé des dizaines pour élever des pyramides dont la destinée était de s’effondrer dans un grand fracas. Pour me rassurer à l’écoute de ce bruit cataclysmique, j’évoquais ma propre mère dont les nerfs étaient mis à vif lorsqu’elle entendait mes dragsters en Lego exploser non loin de la porte vitrée de notre appartement. Il est encore trop tôt pour savoir ce que mon petit-fils chéri inventera dans ce domaine, mais je ne doute pas qu’il sera à la hauteur de ses aïeux. Nous n’y sommes pas encore mais il aura très bientôt un premier aperçu de ce qu’il est possible de faire avec les briques en plastique que sa grand-mère astique en vue de sa prochaine visite. L’occasion d’aiguiser sa créativité, une qualité qui sera vraisemblablement essentielle dans le monde qui sera le sien. Une société qui sera sinon dominée, en tout cas fortement peuplée de machines supposément intelligentes. Je profite d’ailleurs de cette occasion pour m’autoriser une petite digression. J’ai en effet remarqué, et vous aussi je n’en doute pas, que l’on voyait de plus en plus souvent des sortes de cases de bandes dessinées pour illustrer des publications sur la plateforme sur laquelle nous nous trouvons à l’instant. Pour mettre sans plus tarder les pieds dans le plat, je trouve que ces images – dont j’ai cru comprendre qu’elles étaient générées par Chat GPT – sont particulièrement moches. Elles me rappellent ces BD bas de gamme que l’on trouvait au dos des paquets de céréales de petit déjeuner à la fin du siècle dernier. Il est d’ailleurs possible que ma défiance ait précisément une origine générationnelle, n’ayant aucune nostalgie particulière pour ce style ni pour cette époque. Pourtant, j’ose affirmer qu’à l’heure où l’IA permet aux plus nuls en dessin – suivez mon regard – d’exprimer leur créativité par le graphisme, utiliser tant de ressources numériques – sans parler de l’énergie électrique – pour réaliser des vignettes de Malabar me semble assez désolant. Pas de quoi s’énerver pour autant, ce n’est pas un crime, même contre le goût, et il n’y a pas mort d’homme. Et c’est la seule chose qui compte.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.