Je vous aurais bien raconté une nouvelle et édifiante histoire sur mes relations complexes avec les sociétés de livraison à domicile, mais je ne peux pas. Car alors que je me replongeais dans la correspondance liée à cette affaire, mes yeux se sont portés sur une mention en bas de page. Celle-ci stipule que le message en question « est confidentiel » et que, « sous réserve de tout accord conclu par écrit entre moi et la société dont je n’ose dire le nom, « toute publication, utilisation ou diffusion, même partielle, doit être autorisée préalablement ». Il n’est pas précisé à quelle terrible sanction je m’exposerais si d’aventure je m’exonérais de ces interdictions. Mais j’ai peur. D’autant que l’organisme qui me tient ainsi en respect est une entreprise d’État spécialisée dans l’acheminement du courrier. Autant dire qu’elle a le bras long et qu’enfreindre ses règles implacables pour votre seule distraction n’en vaut pas la peine. Même si c’est une défaillance de cette société à tout le moins séculaire et sans aucun doute respectable qui est à l’origine de cet échange épistolaire électronique. Tant pis pour vous et pour moi. Heureusement toutes les relations avec les organismes professionnels ne sont pas de cette angoissante nature. Ainsi, après avoir dûment rempli un formulaire d’inscription à une conférence organisée par une agence de communication, ai-je reçu une confirmation accompagnée d’un texte écrit avec la plus petites des polices lisible par l’œil humain. Après m’avoir expliqué que « les données personnelles collectées dans ce formulaire seraient utilisées pour la gestion et l’organisation de l’évènement et douze mois après », la note me garantissait que je pouvais en « demander l’accès, la rectification ou la suppression à tout moment ». Ce qui rassurant. Mais le meilleur était pour la suite, car il m’est également possible de « définir des directives post mortem » sur le devenir de mes informations personnelles. Lesquelles se résument à mon nom, à mon numéro de téléphone et à mon adresse mail, toutes choses qui ne me survivront pas en cas de malheur. Contrairement à la vindicte de l’entreprise de livraison qui ne livre pas mais poursuivra ses clients jusqu’en enfer s’ils se plaignent. Le diable se cache dans les détails. En tout petits caractères.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.