Parmi les caisses du supermarché où je m’approvisionne hebdomadairement, il en est une au-dessus de laquelle un panneau indique « Tous bienveillants ». Étant également très obéissant, je fais bien attention, lorsque je me trouve dans cette file, à ne point médire de mes prédécesseurs dans la queue. Je sais parfaitement que ce n’est pas le propos de ce panneau dont le picto précise qu’il s’agit d’une caisse prioritaire, mais j’aime à penser que nous pourrions étendre sa signification. Car la bienveillance peut aussi être paradoxale. Ainsi, lorsque ce matin j’ai coupé le sifflet à la porte-parole du gouvernement avant même qu’elle ne réponde à la première question de l’un de ses intervieweurs, ce n’était pas par méchanceté mais par compassion. Je ne voulais pas l’entendre s’empêtrer dans des explications acrobatiques sur l’action ou l’inaction de la fantomatique équipe dont elle fait partie. N’ayant aucune influence sur le défilé d’événements dramatiques, climatiques ou politiques qui nous afflige depuis des mois, cette brave dame – c’est une supposition bienveillante — n’avait aucune chance d’être convaincante. D’autant que, dans le cas improbable où elle chercherait à développer sa pensée, elle se verrait immédiatement couper la parole. Autant la lui fermer tout de suite, ai-je décidé au nom de mon gouvernement intérieur. Lequel n’est d’ailleurs guère brillant non plus. À ce propos, cela m’arrangerait bien d’avoir un interprète assez habile pour justifier le raté d’hier soir, lorsque me rendant à Paris pour la première fois de l’année, j’apprenais que le cocktail auquel j’étais convié avait été annulé pour cause d’intempéries. Je pourrais prétendre que je n’avais pas été prévenu, mais ce n’est pas vrai. Un mail m’avait bien été envoyé, mais sur une boîte que je ne consulte en général que le matin. Or le message était arrivé après l’heure du déjeuner. C’est ainsi que bravant les inconvénients de la vie parisienne hivernale, évitant les flaques et les plaques, je me présentais devant une porte close. Enfin pas complètement, car les amis de The Media Leader qui m’avaient invité à cet apéro de rentrée, étaient encore au bureau pour travailler. Point de libations donc. Mais je compte bien y remédier bientôt, maintenant que la débâcle a commencé et en attendant la prochaine tempête. Inutile de préciser qu’il n’est dans cette déclaration, nulle question de politique intérieure ou internationale. Parole de porte-parole.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.