Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Porte ouverte

S’il vous plaît, soyez gentils, ne partagez pas ce texte. Je sais que je peux compter sur vous, mais au cas où, je préfère prendre mes précautions. Il faut absolument que ce que je vous écris ce matin reste entre nous. Parce qu’il m’a rappelé. Vous vous souvenez que j’avais habilement éconduit un démarcheur en système de sécurité après avoir inopinément répondu à son coup de sonnette ? Mais si, d’ailleurs quelques-uns d’entre vous m’ont signalé l’avoir apprécié. Le texte, pas le démarcheur. Sauf que celui-ci m’a rappelé. J’aurais dû m’en douter mais dans ma grande naïveté je pensais qu’il avait pris au pied de la lettre ma proposition de le recontacter. Mais voilà, j’ai été appelé sur d’autres dossiers, d’autres urgences et, tel un gouvernement tout content d’avoir échappé à la censure, j’ai foncé, oubliant tous mes engagements passés. Pour le moment tout va bien. Mais imaginez que ce garçon soit en relation avec l’un d’entre vous sur quelque fil de discussion. Après tout il est jeune mais il a plus de quinze ans et vous aussi. Je serais fort marri que mon minable stratagème pour l’écarter soit ainsi éventé. Et ne croyez pas que je plaisante ou que mes craintes soient exagérées. On n’est jamais à l’abri des coïncidences. Ainsi avant-hier je vous avais conté comment j’avais choisi, aidé d’un précieux ami, mon costume de mariage dont le tailleur habillait la Wehrmacht quand elle déferlait sur notre pays. Eh bien ce garçon qui ne met quasiment jamais les yeux sur quelque réseau social que ce soit est quand même tombé sur cet article le jour même, par d’extraordinaires détours dont je vous épargnerai les détails. Il s’est donc empressé de m’appeler pour m’assurer qu’il ignorait le lourd passé du couturier, ce dont je ne doutais évidemment pas un instant compte tenu de l’insouciance avec laquelle nous vivions à l’époque. Un temps dans lequel le seul fil de communication était celui qui reliait le téléphone fixe à la prise murale tandis que les chaînes étaient celles qui diffusaient des images sur un écran que l’on qualifiait de petit. Ce n’était pas mieux, pas pire non plus. Il y avait déjà des rumeurs, des fausses nouvelles que l’on ne traduisait pas encore en anglais, des fous et des dictateurs. Quant aux importuns, il suffisait de ne pas leur ouvrir la porte. Tout simplement. Aujourd’hui aussi ?