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Peur primaire

Vous me le diriez n’est-ce pas ? Je compte sur vous. S’il m’arrivait de reproduire mot pour mot un texte déjà paru. C’est une crainte permanente et d’ailleurs, en écrivant ces lignes, je redoute que le premier commentaire soit justement une citation d’anciennes élucubrations. Je tente bien sûr de prendre toutes les précautions, de lancer une recherche lorsque j’ai un doute, mais depuis trois ans et plus de quatre cents textes, sans compter ceux du dimanche, la probabilité augmente implacablement. Au cas assez probable où ce serait déjà arrivé et que vous vous soyez abstenu de me le signaler, merci d’accepter mes plus plates excuses. Cependant, ce pénible préambule évacué, il me faut reconnaître que cette phobie de la répétition est assez spécifique à l’écriture. Car dans la vie quotidienne je suis plutôt un homme d’habitude. Sans prétendre que mon emploi du temps est invariable, il faut reconnaître que le rythme en change assez peu du lever au coucher. C’est de la nature des rencontres et non de leur cadence que surgit l’indispensable nouveauté. Ce qui est somme toute assez rassurant à défaut d’être très original. Ce comportement doit en effet être un ressort de la mécanique sociale humaine. Je suppose que les anthropologues ont dû observer ce rituel jusque dans les tribus les plus primitives dont il me semble parfois faire partie. Ainsi, tel un éternel primate, je suis saisi chaque semestre de la même appréhension. Celle de ne plus vivre avec mon temps. Littéralement. En ratant le passage à l’heure de saison. Eh bien, je crois que c’est arrivé cette fois-ci. Bien sûr, j’étais au courant, évidemment mon smartphone et la montre qui y est connectée ont opéré le changement au bon moment. De même ai-je ajusté les horloges des appareils électroménagers tout aussi péniblement qu’il y a six mois. C’est en interne que le mécanisme s’est bloqué. Mon horloge circadienne — dont je me souviens parfaitement vous en avoir entretenus il y a peu – s’est enrayée. Avec la conséquence prévisible d’un coucher nettement plus tardif que d’habitude et d’un lever itou. Rien de bien fâcheux dans ma condition. Je ne risque pas de perdre encore plus de temps dans une opération escargot de professionnels de la route réclamant des sous pour leur essence. Le seul effet notoire de cette inadaptation temporelle – et espérons-le temporaire — est donc le retard avec lequel vous lisez ces lignes. Mais depuis le temps, vous devez être habitué. Et puis soyez-en sûr, on en reparlera avant l’hiver prochain.