Ce sera sans moi. Et cette décision est irrévocable. C’est pourtant la deuxième fois que l’on me pose la question. Plus précisément, c’est la même personne qui m’a demandé si j’allais me présenter : ma coiffeuse. Son salon est sis sur la place de l’église de ma petite ville dont la torpeur est agitée depuis quelque temps par un projet de réaménagement du centre au profit des piétons. Un schéma somme toute assez courant dont l’esthétique est d’ailleurs aussi banale que celle de la plupart des communes qui l’ont adopté. Pourtant cette perspective suscite l’ire des commerçants locaux qui craignent de voir leur clientèle s’évaporer faute de pouvoir se garer. Pas une vitrine sans son affichette rouge prédisant la mort du commerce si ce funeste projet était mis à exécution. Ce qui n’est pas près d’arriver car ce qui se rapproche, ce sont les élections municipales, période peu propice au lancement de grands chantiers. J’avoue que ces débats me laissent assez indifférent, n’étant pas vraiment concerné. Je n’habite pas dans ce quartier, me contentant de m’y rendre à pied pour m’y restaurer ou y faire quelques courses. Et d’y faire donc couper mes derniers cheveux. Or cet autre chantier à l’issue incertaine est aussi l’occasion de mettre à jour mes informations sur la vie locale. Ce qui ces derniers temps se résume à un état des lieux de la campagne électorale naissante. Respectant le principe de neutralité commerciale, ma capillicultrice se garde bien de prendre parti. La position géographique centrale de son salon lui permet néanmoins d’être au courant des potins. Tout aussi prudent qu’elle – on ne se met pas à dos quelqu’un qui tient votre apparence entre ses mains – je commente avec parcimonie et m’abstiens de prendre position. Je fais mon candide, posant plus de questions que donnant de réponses. Est-ce la raison pour laquelle elle me demande si je vais briguer l’Hôtel de Ville ? Aurais-je sans le savoir adopté ce ton mielleux apte à enrober de creux propos qui caractérise les professionnels ? Ponctuerais-je à mon insu et à tout bout de champs mes phrases de « celles et ceux » en insistant lourdement sur la liaison ? J’ai entrepris cette introspection ce matin en entendant un candidat la mairie de Paris ne répondre aux questions que par des formules tellement prévisibles que je me suis demandé s’il n’avait pas répété avec Chat GPT. Après tout pourquoi pas. Il y a déjà tant de discours artificiels, un peu d’intelligence ne ferait pas de mal. Non ?

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.