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Moule à maire

Mais que sont les catalogues devenus ? Disparus les 3 Suisses, envolée la Redoute. Sorry Baby Z, il faut être boomer ou X fan des sixties pour piger l’allusion. Car longtemps avant Shein, les fringues, les meubles et les gadgets se vendaient dans des publications illustrées aussi volumineuses que des annuaires (qui feront l’objet d’une explication future). Et moi, j’aimais bien les feuilleter, ces centaines de pages de mode, d’ameublement et d’improbables bidules. Je n’y achetais pas grand-chose mais c’était toujours un plaisir de découvrir les nouveautés de la saison. Et puis ils ont disparu des boîtes aux lettres. Tout comme les prospectus des supermarchés à l’entour, mais eux, je ne les regrette pas. Je n’ai pourtant pas collé de logo Stop Pub, ça l’aurait foutu mal de la part de l’ancien rédacteur en chef de CB News. Le flux s’est simplement tari de lui-même, détourné vers d’autres canaux digitaux. C’est pourquoi j’ai été assez surpris il y a quelques jours quand j’ai trouvé dans le courrier un petit magazine. À la vue de la couverture, il était cependant tout à fait clair que l’on n’était pas dans le registre du commerce. Avec sa cravate bleue, son brushing impeccable et son sourire franc mais discret, on voit bien que le type qui pose sur fond verdoyant n’est pas là pour vendre des brosses à dents. À moins qu’elles aident à rayer le parquet. Parce qu’il en a envie de la mairie. Cela transpire au fil des pages de ce programme sérieux, plein de promesses, d’engagements et de priorités. Pas un domaine qui ne soit oublié, sauf peut-être les cygnes. Il y a même de superbes vues d’ambitieux projets architecturaux dont il est précisé qu’elles ont été réalisées avec une IA (mais pas combien ça coûtera). Une preuve de la modernité de cette équipe qui se dit déterminée à « relever » notre petite commune apparemment tombée bien bas. J’ai feuilleté ce document avec la même gourmandise, ou presque, que celle que j’avais en découvrant les nouveautés commerciales d’antan. Mais là, pas de nostalgie, il n’est question que d’avenir. Encore que, tout au bas de la liste, en dernière position, mon regard s’est arrêté sur un nom et une trombine qui me disait quelque chose. Vérification faite, il s’agit bien d’un ancien président du Medef, lui-même fils d’un ancien patron des patrons. Vu sa position, il n’a aucune chance d’être élu, contrairement à sa femme, placée beaucoup plus haut. Je suppose donc que sa présence est un gage de sérieux. Faut dire que malgré son sourire, il n’a pas l’air très rigolo. Nous sommes pourtant de la même année lui et moi. Mais pas du même moule.