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Le ressort de la réussite

Faut-il s’aimer ? La question risque d’apparaître un peu déplacée en ces temps incertains, mais je n’ai pu m’empêcher de me la poser hier. Cependant, avant de tenter d’y répondre, je vais devoir demander aux apprentis coaches et autres conseillers en estime de soi de s’abstenir d’intervenir. Merci.  Le présent texte n’entend pas non plus traiter du narcissisme tel que j’ai pu l’observer au cours de mes rencontres professionnelles. Encore que. Je ne peux m’empêcher d’évoquer ce maire adjoint d’une métropole méridionale, par ailleurs titulaire d’un portefeuille ministériel non essentiel, dont le bureau donnant sur un vieux port était tapissé de photos du bonhomme en compagnie de diverses célébrités politiques, sportives, cinématographiques et même religieuses. Le genre de décoration qui me rappelle inévitablement les pages de garde des albums de Tintin. Mais après tout, ce nombrilisme assumé est peut-être le ressort de la réussite. J’avoue y avoir moi-même cédé avec des personnalités connues dont je postais les photos, suggérant d’une manière ou d’une autre que je les avais rencontrées. Généralement avec un certain succès d’audience, ce qui est assez naturel. Le problème se pose lorsque l’on ne dispose pas de star avec qui partager un selfie. D’où – enfin – l’interrogation initiale : faut-il s’autoliker ? Il me semble en effet avoir constaté que cette pratique était de plus en plus courante sans que je m’explique pourquoi. Mais si je me suis ainsi interrogé, ce n’est pas en raison d’une poussée de curiosité scientifique, mais à la suite d’une expérience assez inhabituelle. J’ai ainsi approuvé d’un pouce levé le texte laudateur écrit par un – véritable – ami à propos de mon édito du dimanche. Autrement dit, je me suis lancé des fleurs avec le bras d’un autre, lequel dispose par ailleurs d’une audience sociale largement plus importante que la mienne. Autant de facteurs qui m’ont plongé dans l’abîme de réflexion dans lequel je suis en train de vous entraîner. Au risque de vous perdre comme je le suis moi-même. Car à bien y réfléchir, le problème n’est pas si compliqué que cela. Il m’a suffi d’allumer la télévision après 20 H pour découvrir des plateaux électoraux garnis de personnalités rivalisant d’autosatisfaction. Gagnants et perdants, de tous les points cardinaux et de gauche à droite jusqu’aux extrêmes, ils se sont tous attachés à remercier chaleureusement leurs supporters. À commencer par eux-mêmes.