C’est un chemin que je ne prends désormais que rarement. Je l’ai pourtant emprunté tous les jours ouvrables – et même certains qui ne l’étaient pas – à l’époque où je dirigeais un journal. Je l’avais adopté car il me permettait, sur les quelques kilomètres d’autoroute qu’il comprend, d’utiliser ma moto avec plaisir, pour peu que la circulation le permette. Mais auparavant, la route serpente à travers de jolies banlieues assez arborées, au rythme des feux tricolores qui ponctuent le parcours. L’un de ces signaux passe obstinément au rouge dès qu’on s’en approche et il y a longtemps que j’ai renoncé à tout espoir qu’il en soit autrement. C’est d’autant moins grave qu’à l’occasion de cet arrêt un pavillon en rénovation retient depuis toujours mon attention. Pour tromper la courte attente, j’évaluais à chacun de mes passages, les progrès du chantier. Celui-ci avançait lentement, néanmoins je pouvais de temps à autre observer quelques progrès. Un rituel qui a cessé en même temps que ma vie de salarié suractif. Depuis il m’arrive cependant de reprendre ce parcours pour rendre visite à mes anciens collègues et toujours amis. Et je constate que les travaux sont dans le meilleur des cas, suspendus. Les parpaings sont toujours à nu, les échafaudages toujours en place, mais nul ne s’y active. Puis le feu passe au vert et mon rôle d’inspecteur inutile des travaux finis prend fin. Jusqu’à la prochaine fois. Cette scène maintes fois rejouée me rappelle le village des Cévennes où j’ai passé mes vacances l’été dernier. Il y avait là un ouvrage d’art appelé « le pont des fainéants ». Ce sont les ouvriers qui construisaient la ligne de chemin de fer qui passait en contrebas qui l’avaient nommé ainsi, agacés de voir les habitants passer leur journée à les regarder trimer. Je peux les comprendre, mais je me mets plutôt à la place des spectateurs. Ainsi ne manquerai-je pas d’aller découvrir ce nouveau temple de la tech dont Maddyness, une lettre spécialisée m’a appris l’ouverture prochaine dans le XVIIIème arrondissement de Paris. Ce lieu, installé dans un ancien grand magasin, s’appelle la Cortex House et, en dépit de ce nom, se donne pour mission de rassembler la fine fleur de l’intelligence artificielle nationale. Ici nos chercheurs écriront le Bescherelle des langages synthétiques, cultiveront des neurones logiciels tricolores et feront pousser des solutions artificielles locales pour résoudre nos grands problèmes français. À commencer par celui consistant à terminer un chantier. Aucun doute que cela aidera nos gouvernants présents et futurs. Je suis impatient.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.