Les plus attentifs d’entre vous, du moins ceux qui me suivent sur LinkedIn, se sont peut-être aperçus que le style de l’accroche de mes posts a changé depuis quelques jours. Et les plus curieux pourraient se demander pourquoi. S’ils n’avaient rien de mieux à faire. Eh bien, contrairement à ce que l’on pourrait supposer, ce n’est pas dans le but d’augmenter l’audience de mes textes. Non que je refuse de nouveaux abonnés, bien au contraire, mais j’ai depuis longtemps renoncé à rivaliser avec les millionnaires en likes. Je l’ai déjà dit : un seul pouce levé suffit à mon bonheur. Pourtant il est vrai que j’avais allongé l’introduction de mes posts sur les conseils d’un ami spécialiste des réseaux sociaux selon lequel l’algorithme était sensible à cette présentation. Cédant à la tentation, j’avais donc entrepris chaque matin de résumer mes élucubrations d’une phrase tarabiscotée. Mais le temps passant, je me suis aperçu que ce petit travail supplémentaire était surtout superfétatoire, n’ayant aucune incidence sur le taux de lecture, soit que le système s’en fiche, soit qu’il n’y comprenne rien, aussi artificiellement intelligent soit-il. Raison pour laquelle j’ai décidé de simplifier cette partie de mon travail. Sans effet notable sur la fréquentation mais avec un léger gain de temps me permettant – entre autres d’être un peu plus à l’heure au déjeuner. Cependant cette nouvelle liberté n’est pas sans contrainte. Car je dois plus que jamais prendre garde à ne pas me répéter. Or ce matin, j’étais à deux doigts (sur le clavier) de le faire puisque, comme hier, je m’apprêtais à vous conter une histoire de chantier à proximité d’un feu rouge. Cette fois-ci l’objet de mon intérêt est sis avenue du Général de Gaulle à Neuilly. Il abritait naguère une société appelée AOL Time Warner qui fut un éphémère colosse de la préhistoire du numérique. J’y suis entré quelques fois pour des interviews mais si ce bâtiment m’a marqué, c’est en raison de son fronton sur lequel s’affichait fièrement le logo de l’occupant des lieux. Jusqu’au 12 septembre 2001 au matin – et peut-être même le 11 au soir – lorsque toutes mentions de l’acronyme qui signifiait America On Line furent prestement effacées. De peur sans doute qu’un avion ne tombe dessus. Depuis, plus rien n’identifiait les habitants des lieux. Il n’empêche que je ne peux regarder cet immeuble sans m’interroger sur le courage de ces géants passés ou présents qui se cachent face au danger. Et s’agenouillent devant les puissants.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.