J’ai des enfants très prévenants. Non seulement pour leurs vieux parents mais aussi pour vous. Enfin pour la planète sur laquelle nous vivons tous. Ainsi cette année, nous avons reçu comme cadeau de Noël de la part de mon fils un objet particulièrement astucieux qui permet de remplacer les capsules jetables de machine à café par des récipients métalliques et par conséquent réutilisables. Autant le dire tout de suite, cet objet répond à toutes les préoccupations de notre temps. Durable et réutilisable et par conséquent respectable, il est aussi économique, écologique, et pour ne rien gâcher, élégant. Il se présente en effet sous la forme d’un sobre cylindre noir pourvu d’un couvercle de manière à le remplir de matière première. À la base, un subtil système permet d’ouvrir une trappe dans laquelle on insère le substitut à la traditionnelle et irrespectueuse enveloppe en aluminium. Une fois le réceptacle verrouillé d’un simple mouvement tournant, il suffit de secouer l’ensemble pour remplir le petit contenant qu’il faut alors sceller avec un opercule (respectable, cela va sans dire) aux bords autocollants. Et voilà comment on peut se faire un petit noir de comptoir sans offenser la nature tout en réalisant de précieuses économies. Et si le goût n’est pas strictement identique à celui des onéreuses doses officielles, le supplément d’âme suffit à compenser la différence. Et pourtant – vous vous y attendiez, n’est-ce pas ? – il y a un petit hic. Oh, rien de fondamental ni de nature à remettre en cause la validité de cette invention dont je signale au passage qu’elle est française. Le problème n’est d’ailleurs pas dû à la machine mais à son utilisateur, c’est-à-dire l’auteur de ces lignes dont on sait qu’il aurait pu figurer en exemple à l’entrée « maladroit » dans un dictionnaire. Car aussi simple la manip soit-elle, elle demande un chouïa d’attention et de précision, autant de qualités dont je suis fort peu pourvu. Particulièrement le matin. Aussi ai-je prudemment décidé de ne pas utiliser cet engin génial pour ma première préparation de la journée, de peur de perdre mon légendaire sang-froid mais aussi mon temps. Ce n’est que lorsque mes capacités fonctionnelles sont à peu près rétablies, vers le milieu de la matinée, que je peux commencer à manipuler l’astucieux système et ainsi participer, certes modestement, à la préservation de l’environnement tout en stimulant mes neurones. Rien que de très satisfaisant. Par contre, pour ce qui est de repeupler le pays ou de protéger les contrées glacées de la planète, en dépit de l’admiration sans limite que j’ai pour les générations montantes, je les laisse s’en occuper. Moi, je vais me préparer un petit express. Mais pas trop vite.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.