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Cycle fou

On va encore dire que je suis un vieux boomer amateur de pub. Et on aura raison. Mais dans ce cas précis, il n’est pas question d’élégante création, de film émouvant ou de dispositif innovant. Non, c’est de la réclame à l’ancienne, de la démonstration d’efficacité du produit dont je veux vous entretenir ce matin. Le style des vidéos que l’on peut voir sur les écrans en tête de gondole des grandes surfaces de bricolage. La voix off est grave, comme celle des bandes-annonces de films d’horreur américains, les images sont répétitives pour vous enfoncer dans le crâne que cet outil est celui dont vous avez besoin. Mais pour quoi faire ? Dans ce cas précis pour couper du béton, des briques, du granit et tous autres matériaux qui semblaient jusque-là insécables. Pour les amateurs, je précise que cette fabuleuse machine porte le beau nom de scie circulaire toroïdale. Je vous laisse fureter sur les réseaux pour vous faire une idée de l’objet. Quant à vous préciser où se le procurer, je ne serai pas non plus d’une grande aide. Cependant d’après le mâle commentaire qui accompagne cette démonstration, il semble que cette invention forcément révolutionnaire provienne de Chine où tout le monde – hommes, femmes, enfants — s’amuse énormément à couper des murs, ouvrir des fenêtres ou sculpter des statues en béton. La seule chose qui manque dans cette formidable démonstration d’efficacité est le son produit par ce génial engin. Car mon enthousiasme n’est pas dû à quelque projet de percement de nouvelles ouvertures dans mes murs mais au fait que je suis exposé au bruit d’une machine probablement similaire. Les propriétaires de la maison la plus proche de la mienne ont en effet entrepris de profondes modifications de celle-ci en vue de l’embellir, ce qui n’est pas difficile, et de la surélever, ce qui semble nettement plus laborieux. Et c’est ainsi que depuis des mois, je suis accueilli six matins sur sept par le chant lancinant des scies, perceuses et autres marteaux mécaniques lorsque j’ouvre mes fenêtres, heureusement double vitrées. Ne pouvant voir les ouvriers à l’œuvre, je ne peux que les imaginer manier leurs engins infernaux. D’où mon plaisir de découvrir enfin à quoi peuvent ressembler ces instruments de musique diaboliques. La vérité m’oblige toutefois à reconnaître que depuis quelques jours, un calme inhabituel – et relatif — est retombé dans le quartier. Signe d’un apaisement provisoire ou de la fin d’un cycle fou ? Seul l’avenir nous le dira. Ici et ailleurs.