Je ne suis pas celui que vous croyez. C’est la triste vérité. Le brave garçon au sourire sympathique et à l’apparence bonhomme que vous croyez connaître, cache en réalité un être bien moins présentable. Un monstre d’impatience prêt à toutes les bassesses pour gagner du temps. Cette horrible vérité m’a perforé l’esprit en ce dimanche de Pâques alors que je faisais la queue devant l’étal de mon fromager préféré. Tandis que je m’en approchais, un quelconque quidam s’inséra prestement devant moi. Rien à lui reprocher sur le plan de la légalité filaire, il ne m’avait pas bousculé, pas dépassé, bref, il n’avait pas triché. Pourtant une colossale tornade de haine balaya d’un coup mon ordinaire bienveillance. Un tsunami mental au cours duquel j’ai envisagé les pires extrémités pour ce garçon dont le seul tort était d’avoir bénéficié d’un timing favorable. Réfléchissant à l’absurdité de cette bouffée, je me suis aperçu que celle-ci m’était en fait assez courante. Combien de fois ai-je été tenté de répondre à la place du type devant moi dans la file un « ce sera tout merci ! » en réponse au « et avec ceci ? » du commerçant. Je l’aurais fait avec un grand sourire complice, histoire de ne froisser personne, mais l’intention maligne aurait bien été présente. Au cours de ce processus d’auto-analyse, j’ai d’ailleurs pris conscience qu’autant j’exècre mes devanciers, autant je fais preuve d’une infinie indulgence à l’égard de mes suivants, n’hésitant pas à plaisanter avec eux du haut de mon enviable position. Dont je m’excuserais presque. C’est dire la petitesse de l’âme de l’auteur. Cependant, n’étant pas sujet à quelque croyance divine, cette confession pascale n’appelle nulle absolution. Au moins suis-je un peu plus en paix avec moi-même. Et ce n’est pas rien. Car j’en connais au moins un qui est à ce point incapable de maîtriser ses humeurs qu’il s’inspire des pires dialogues des navets hollywoodiens pour menacer ses adversaires. Il est à cet égard remarquable de noter qu’aucun des satrapes les plus sanguinaires, des dictateurs de toutes natures et de tous bords des décennies passés ne s’est exprimé de manière aussi vulgaire que le président de ce qui fut il y a peu encore la plus grande démocratie du monde. Et pourtant, je peux lui trouver une excuse. Mais si. C’est aussi le premier dirigeant de l’histoire à utiliser un amplificateur instantané de sa pensée la plus profonde. Son réseau social est – comme son nom l’indique – la pure vérité de ses tourments intérieurs. Et ils ne sont pas beaux à voir.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.