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Aux larmes etc.

J’ai la larme facile. Une émotion, un simple coup de vent et hop, ça coule. Cela m’aurait beaucoup contrarié si j’avais été pilote de Formule 1 ou d’autre chose, mais j’aurais aussi pu être doublure lacrymale comme il y a des doublures main. Pour suppléer à des acteurs aux yeux secs par exemple. Rien de grave donc. Je constate cependant que cette sensibilité augmente avec l’âge. Il m’est ainsi arrivé de devoir me contenir lors du visionnage d’un spot publicitaire en présence de son auteur. Un moment assez gênant en ce qu’il trahissait un manque de neutralité journalistique. Dans ce genre de situation, je fais semblant de me moucher, faute d’un meilleur subterfuge. Je n’en ai pas eu besoin l’autre soir devant ma télévision alors que je regardais le spectacle d’Alex Jaffray, confortablement installé sur mon canapé. Si vous ne le connaissez pas, ce garçon pour qui j’ai une grande affection est à la fois patron d’une société de production de son du nom de Start Rec (à prononcer à haute voix pour saisir le jeu de mots), chroniqueur du matin à la télévision et surtout, profondément amoureux de la musique. La grande, la petite – de nuit ou d’autres moments — et celle qui embellit les films. C’est le thème de son spectacle dans lequel il mélange ses souvenirs, sa passion et son érudition. On passe ainsi de la maison de son enfance dans laquelle il n’y avait que trois disques, au secret de la fabrication d’un tube en passant par sa vénération pour Jean Sébastien Bach. On rit beaucoup, on chante souvent et on apprend plein de choses. L’émission était la captation de la dernière représentation, mais si je vous ai suffisamment interpellés, elle est visible en replay. Mon propos n’est cependant pas de faire la pub d’Alex, il n’en a pas besoin. Si je vous en parle, c’est parce qu’il m’a fait chialer. J’ai vu son spectacle à ses débuts il y a quelques années mais je ne me souvenais pas du passage de l’interview d’Ennio Morricone. Après une entrée en matière délicate avec ce génie présomptueux et irascible, celui-ci se met au piano. Il joue alors la musique de « l’Aube du cinquième jour », film tout à fait oublié mais dont la bande originale, qui fut le générique d’une émission littéraire des années 70, est sublime. Ce qui m’a rassuré alors que ma vue se brouillait, c’est que dans la salle, les spectateurs réagissaient comme moi. Et ce matin, en écoutant les nouvelles affligeantes diffusées par la radio, je me suis dit que nous étions certainement nombreux à laisser nos larmes couler sous la douche. Et qu’il n’y a aucun avenir pour le métier de doublure lacrymale.