Oh, je sais bien que je n’ai pas cette réputation. Pourtant, soyez-en certains, je serai impitoyable. Rien ne me fera dévier. Il n’est de belles batailles que celles qui se gagnent. Celle-ci aura un vainqueur et je le reconnais dans le miroir lorsque je me rase le matin. Et même quand je décide de laisser pousser mes poils. Mais celles qui ne repousseront pas, ce sont les centaurées, chicorées et autres bardanes qui s’attaquent à ma pelouse. Car vous pouvez trembler plantes indésirables, je dispose désormais de l’arme suprême. Cet outil est au jardin ce que le missile hypersonique est à la guerre. Mais en plus efficace et moins sanglant. Il s’appelle RootSlayer (avec un petit ™ en exposant) et je crois vous en avoir déjà parlé. À l’époque, fasciné par la publicité vidéo de tête de gondole, j’avais été au bord de l’acquérir avant que la raison – d’autres parleraient de faiblesse — ne me conduise à le remettre dans le rayon. Mais mardi dernier, le 24 février, une divine surprise m’attendait. Oui, c’était elle, cette bêche multifonction, capable d’éradiquer les intrus du gazon d’un geste simple et rapide. Aussitôt, je me précipitais dehors et m’attaquais à mes ennemis de toujours. Enfin à ceux de mes pauvres plantations. Et je ne saurais vous décrire la satisfaction profonde, pour ne pas dire plus, à la vue de la racine de l’importun mise à nu au prix d’un effort dérisoire. Je me fais l’effet d’un Rambo du jardin ou plutôt d’un Buffy chasseur d’adventices (c’est le nom savant des mauvaises herbes). Je ne cite au hasard pas cette série dont mes enfants étaient fans. Car vous n’êtes pas sans savoir que son titre original est « Buffy, The Vampire Slayer ». Pour ceux qui ne l’auraient pas vue, c’est l’histoire sans fin d’une jeune fille qui découvre chaque semaine de nouvelles portes de l’enfer dans la pimpante banlieue californienne où elle réside. Présentant des dispositions pour la chasse aux goules, elle en exécute par dizaine à chaque épisode. Je sais bien qu’il en sera de même dans mon combat et que pour chaque racine arrachée, une quantité d’autres se prépare à étouffer mes pauvres brins d’herbes qui n’en peuvent mais. Cette perspective n’entame pourtant pas l’airain de ma détermination, si je puis me permettre. Cependant, face à l’immensité de la tâche, il est impératif de s’y consacrer pleinement. Aussi devrai-je suspendre les Daily Text la semaine prochaine. Après tout, nombre d’entre vous seront en vacances. Pas moi. J’arracherai les pissenlits. Par la racine.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.