Au fil des jours, il me semble devenir toujours plus routinier. Réveil à heure fixe, écriture matinale, déjeuner ici ou ailleurs, occupations plus ou moins importantes dans l’après-midi, musique, dîner etc. Et dodo. Une régularité à ce point immuable qu’elle finit sinon par m’inquiéter, du moins à m’interpeller au point que j’ai demandé à mon assistant intelligent quoique dénué de toute personnalité ce qu’il en pensait (note à l’intention des utilisateurs de Pangram : les phrases entre guillemets sont issues d’une intelligence artificielle). La réponse fut donc sans appel ni pitié : « Oui, on a tendance à devenir plus routinier en vieillissant, et ce n’est pas seulement une impression : plusieurs mécanismes psychologiques, cognitifs et sociaux vont dans ce sens ». Et ce programme sans âme de préciser que ce processus est la conséquence de « la diminution de la vitesse de traitement de l’information avec l’âge ». Sans plus prendre de gants virtuels — ou alors ils sont de boxe — mon bourreau du jour enfonce le clou en assénant qu’il « devient plus difficile de faire plusieurs choses à la fois ou de se concentrer intensément ». Je commence à me sentir effectivement groggy avant qu’un dernier crochet ne me cueille sous la forme de cette assertion sournoise selon laquelle « la routine est économique pour un cerveau qui ralentit ». Autant dire que je suis KO debout au point de glisser sur les explications neurologiques dans lesquelles il est question de plasticité cérébrale dont vous avez deviné – car vous êtes encore souples du bulbe – qu’elle se dégrade. Cependant, par une sorte de compassion probablement préprogrammée, l’article se termine par quelques conseils en recommandant notamment de troubler autant que possible cette tendance à se répéter inlassablement. Exactement ce que j’ai fait ce matin pour satisfaire à l’exigence de jeûne avant une prise de sang. Je n’ai donc exceptionnellement pas suivi le long rituel me permettant de passer de l’état d’épave ensommeillée à celui d’humain socialement présentable. Ainsi me suis-je trouvé dans la rue, non sans éprouver une désagréable sensation d’inachevé, vérifiant constamment que je n’avais pas oublié d’enfiler l’un ou l’autre de mes effets. Ce qui n’était heureusement pas le cas, preuve que la répétition peut aussi avoir du bon. Les publicitaires et les politiques l’assènent depuis la nuit des temps. Mais voilà que je radote.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.