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Radicelles résilientes

Ce fut une semaine épique. Pas furieusement, mais quand même. Bien sûr l’actualité mondiale ne l’a pas rendue particulièrement sereine, mais j’avoue avoir pris beaucoup de plaisir à mener ma propre bataille. Pendant que je ne vous écrivais pas, et conformément à mes plans, je me suis attaqué aux herbes néfastes qui persistent à pousser en dépit de mon opposition. J’ai donc extirpé des dizaines de pissenlits, plantant les lames de mon redoutable nouvel outil autour de leur pistil pour extraire non seulement leurs longues feuilles qui étouffent mes innocents brins d’herbes, mais surtout leurs racines. Cet instant de l’extraction, lorsque les radicelles cèdent d’un coup, est je dois l’avouer, assez jouissif. Mais c’est également le cœur du problème. Car à peine la plante arrachée, ne laissant dans la terre qu’un trou de la taille d’un pot de yaourt, l’œil se pose sur une nouvelle cible qui elle-même en cache plusieurs autres. De toutes tailles. Et ainsi, cette œuvre d’assainissement se transforme insensiblement en un champ de bataille. Ce qui était malgré ses défauts, une étendue verdoyante, ressemble un peu à une reproduction en modèle réduit de ces photos aériennes des environs du fort de Douaumont en 1917. Il ne manque plus que les tranchées. Impossible de renoncer pourtant. Il est trop tard, la tâche est engagée. Alors il faut choisir ses objectifs et se concentrer sur les sujets les plus gros en laissant les jeunes pousses pour plus tard. Ce qui s’annonçait comme une guerre éclair menace de se transformer en conflit à long terme, d’autant que les pluies annoncées risquent de ralentir les opérations. Bien sûr, il y a la tentation de faire table rase, de retourner une bonne fois pour toutes l’ensemble du terrain pour l’ensemencer sur des bases saines. Mais il s’agirait d’une entreprise d’une toute autre ampleur. Certes, le résultat serait probablement satisfaisant. Mais à quel prix et avec quelle garantie que les adventices ne repoussent pas ? Car pour combattre de longue date ces implacables adversaires, il me faut reconnaître leur résilience y compris face à des moyens plus extrêmes encore, naguère employés, au mépris de mon avis, par un professionnel sans scrupule. Face à cette situation vraisemblablement sans issue, il ne me reste qu’à envisager un compromis. Et admettre que nulle guerre ne se termine par l’éradication complète de l’adversaire. Quand elle se termine.