Dis donc ? Ce n’est pas parce que je baille que je m’ennuie ! Ni que je suis fatigué. Je baille de plaisir. Parce que j’aime ça. Pas vous ? Ne me dites pas que cet étirement de la mâchoire – c’est beaucoup plus compliqué que ça mais je vous fais grâce des détails wikipédiens – n’est pas un instant de détente aussi profond que satisfaisant. D’ailleurs tout le monde pratique cet exercice musculaire et respiratoire, les fœtus, les chats, les chiens, les poissons et j’en passe pour éviter de vous lasser. Cependant, je comprends à la lecture des textes scientifiques, que nous sommes inégaux devant le bâillement. Certains le pratiquent plus que d’autres et j’en suis. Cela ne m’a pas vraiment aidé pendant mes études, nombre de mes professeurs interprétant mon attitude comme une provocation. Pas toujours à tort, certes. De même dois-je reconnaître un certain embarras lorsque, pendant une interview, je ne pouvais m’empêcher de réprimer ce réflexe si naturel mais trop souvent incompris. Il est vrai que l’on n’imagine pas spontanément que le Panthéon héberge de brillants bailleurs, méritants ou héroïques. Pas plus que l’on imagine de statues érigées à la gloire de fiers conquérants se décrochant les mandibules. Quant à nos actuels dirigeants, on en voit certains, et non des moindres, s’assoupir. Mais bailler ? Guère. Une pudeur bien naturelle et pourtant assez déplacée. En effet, cette réaction n’indique pas nécessairement que l’individu se barbe et j’en suis la preuve vivante. Car je ne me morfonds point, ainsi que je l’ai encore confirmé hier à une amie qui s’en inquiétait après que je lui ai décrit mes journées types. Je ne risque certes pas le burn-out mais je ne suis pas non plus au bord du coma social. D’ailleurs mes heures sont tellement prises que je suis obligé de renoncer à certains de mes engagements. Ainsi hier soir ne me suis-je pas rendu à Bercy comme je l’avais prévu. Je n’y allais pas pour postuler à la succession d’Amélie de Montchalin au ministère des Comptes publics – ils sont déjà suffisamment médiocres – mais pour le lancement d’une initiative dans le secteur de la tech. Un sujet passionnant porté par une personne pour laquelle j’ai beaucoup d’admiration. Oui mais voilà, sans que je puisse expliquer comment, la journée est passée en un clin d’œil. À l’heure dite, je n’avais plus le temps de traverser la capitale pour arriver à temps et écouter les discours. Lesquels n’auraient pas manqué de déclencher le réflexe que vous savez.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.