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Champignons erratiques

J’ai vu des rivières de lumières. C’était très beau. Et non, je n’ai pas consommé de champignons magiques. Je suis juste allé dîner chez des amis dont l’appartement est perché dans les hauteurs d’une tour du sud de Paris. Un périscope d’où on embrasse presque toute la capitale et sa ceinture autoroutière illuminée. J’avais l’impression de voir ces photos nocturnes de villes américaines qui, enfant, me faisaient rêver. Indépendamment de ce spectacle, cette soirée fut à la hauteur des retrouvailles avec ces amis aussi bavards, gourmets et amateurs de bons vins que nous. Les torrents lumineux s’étaient en effet éteints depuis longtemps lors du voyage de retour que j’avais prudemment prévu d’effectuer en véhicule de transport avec chauffeur. Lequel nous accueillit avec politesse en nous expliquant que nous étions sa dernière course de la nuit, son domicile se situant non loin de notre destination. Après quelques banalités d’usage, la conversation retomba. Cependant, au fur et à mesure de notre avancée, le comportement de plus en plus erratique de notre automobile indiquait que son conducteur luttait contre la torpeur. Sans avoir eu vraiment peur – le fameux biais de normalité déjà évoqué ici, croisé avec mon optimisme tout aussi réputé – je me demandais quelle était la meilleure attitude à adopter pour le maintenir en alerte. Lui parler ? Mais de quoi ? Nous taire ? Continuer notre conversation sur la banquette arrière pour maintenir une ambiance sonore ? Ce que nous fîmes jusqu’à notre arrivée à bon port et sans encombre. Après l’avoir remercié non sans l’encourager à rentrer chez lui, j’oubliais mes craintes aussi vite que je m’enfonçais dans un lourd sommeil. Jusqu’au lendemain, lorsque l’entreprise employant ce jeune homme m’invita à noter mon expérience. Faute de pouvoir m’exprimer autrement qu’en attribuant des étoiles, je m’abstenais, cette pratique m’étant totalement étrangère, possible séquelle de ma carrière de mauvais élève. Je me contentais d’un pourboire en souhaitant qu’il en profite tout en me souvenant d’une conversation récente avec une connaissance de retour de Californie. Alors que je m’attendais à ce qu’il me parle des palmiers, de la mer ou du désert, ce garçon m’avait exclusivement fait part de sa première expérience dans un taxi autonome. Il était si enthousiaste qu’il me décrivit en détail toutes les émotions que son odyssée automatique lui avait procuré. Un peu comme je viens de le faire. Mais je crois que je préfère avoir un peu peur avec un humain épuisé plutôt qu’être le jouet d’un robot sans hallucinations. Ou presque.