Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Normalité partagée

Ce n’est pas parce que l’on n’a pas peur qu’il ne faut pas s’inquiéter. Je reconnais qu’il m’a fallu un certain temps pour formuler cette phrase, aussi je vous en laisse pour la comprendre. Et pour vous aider, je vais vous conter ce qui me l’a inspiré. Un jeune homme qui a sonné à ma porte un soir. Barbu, souriant, il était vêtu d’un gilet aux couleurs d’une société de sécurité très présente en publicité ces derniers temps. Sitôt les présentations faites, il entrait dans le vif du sujet qui était naturellement de savoir si j’étais bien protégé. Tout en essayant d’évaluer la crédibilité de ce garçon, je lui avouais que ce sujet n’avait pas été une priorité et que par conséquent, il fallait bien l’avouer : non, ma maison n’était pas armée contre les intrusions indésirables. Ce disant, j’espérais que mon interlocuteur était bien celui qu’il prétendait être et non un subtil criminel préparant un mauvais coup. Raison pour laquelle, malgré son insistance, je refusais de procéder derechef à un examen des portes et issues de mon domicile afin d’établir un devis, prélude à un contrat signé en bonne et due forme. Et synonyme de commission pour lui. À la place, je lui proposais de reporter à date ultérieure cette revue, ce qu’il acceptait sans enthousiasme. Rendez-vous fut donc pris pour le surlendemain. Ce qui nous laissait le temps de vérifier la fiabilité de ce contact et de mettre à l’ordre du jour de notre conseil familial la question de la sécurité intérieure. Conclave à l’issue duquel il fut décidé de temporiser pour évaluer d’autres solutions, tout en s’accordant sur l’impérieuse nécessité de passer à l’action. Je rappelais donc notre visiteur pour annuler son retour, ce qu’il accepta un peu dépité. Quant à nous… Nous passâmes à autre chose, laissant le dossier en plan, tel un gouvernement surchargé. Peut-être un effet du biais de normalité. J’ai lu récemment un article sur cette attitude qui tend à sous-estimer la possibilité du pire, même face aux indices d’une crise imminente. Ce comportement expliquerait notamment pourquoi un grand nombre de personnes ne se sont pas enfuies instantanément face à une catastrophe comme celle de Crans Montana. Une attitude paradoxalement protectrice qui conduit à ce que l’on préfère ne pas envisager le pire même lorsqu’il est évident. Qui me semble très partagée par l’humanité. Surtout ces derniers temps.