J’ai une veste rouge. Détrompez-moi, mais je ne me souviens pas vous avoir déjà fait part de cette information cruciale. Cela fait pourtant très longtemps que je possède ce qu’il serait peut-être plus approprié d’appeler un gilet, bien que Wikipédia stipule que ce dernier soit dépourvu de manches. Or cet habit en a, des manches, mais pas de boutons, ce qui m’empêche de le désigner sous le nom de veste. Mais comme on ne va pas passer la matinée sur cette question, disons qu’il s’agit d’un sweat-shirt zippé mais sans capuche, ce qui en aurait fait un hoodie. Rouge. Pétant. Malgré un âge très avancé pour un tel article, il porte encore relativement beau. Cependant, je suis au regret de vous annoncer que vous ne me verrez jamais habillé ainsi bien que je le porte tous les jours. Car c’est en quelque sorte ma robe de chambre, ce qui réduit son utilisation aux quelques minutes de mon – premier – café matinal. Mais si je vous en cause bien que vous risquiez de ne jamais le voir, c’est que je me suis aperçu qu’il avait un effet particulièrement remarquable sur les oiseaux qui fréquentent mon jardin. J’ai déjà exposé ici que j’avais installé des mangeoires de nature et forme diverses à l’intention de ces délicats animaux. Le but est évidemment de leur rendre service en cette saison où la nourriture se fait rare mais aussi, je le reconnais sans détour, d’observer à loisir les pics, pouillots et autres sittelles pendant qu’ils se rassasient. Il faut dire que mes restaurants suspendus sont assez populaires parmi les volatiles du coin. Mais voilà, je me suis aperçu qu’en plus d’être gourmands, ces élégants individus étaient observateurs. Et craintifs. Car dès que j’apparais derrière la fenêtre de la cuisine ceint de ma tenue écarlate, ils s’égayent prestement, préférant interrompre leur breakfast plutôt que de prendre le moindre risque. Sage réflexe face à un possible danger immédiat. À l’image de ces citoyens d’un pays qui fut encore récemment une grande démocratie et qui s’inquiètent pour leur vie à la vue d’agents masqués aussi glaçants que le sigle qui les identifie. En l’espèce, la menace est bien plus prégnante que le vermillon de mon habit ne l’est pour les piafs. Mais eux ne s’enfuiront pas comme une volée de moineaux. Au risque de leur vie.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.