Mon frigo est très expressif. Il n’est pas vivant, n’a aucune personnalité, mais il émet une gamme de bruits incroyablement étendue allant du grincement au sifflement en passant par le soupir, chacune de ces manifestations ayant elles-mêmes des variantes tonales. Le constructeur en était d’ailleurs conscient puisque cet appareil était accompagné d’un document expliquant sous forme de pictogrammes les diverses raisons de ces sons. Celui du compresseur est ainsi assimilé au ronronnement d’un chat, une mouche symbolise celui du ventilateur, et je vous passe le reste de cette petite ménagerie électromécanique. Le souci est qu’avec le temps, celle-ci s’est agrandie et diversifiée. Au point qu’il m’arrive le matin d’avoir l’impression d’être dans la salle d’attente d’un vétérinaire. C’est assez distrayant mais cela ne va pas sans poser deux problèmes. Le premier étant que, souffrant de longue date d’acouphènes, je ne peux pas toujours déterminer si ce que j’entends vient de l’appareil ou du fond de mes oreilles. Ce qui n’est pas sans incidence puisque dans le premier cas, un sifflement est la preuve du bon fonctionnement de la machine tandis que dans le second, c’est le signe d’une dégradation de mon ouïe. Une introspection qui engendre le second souci. À ce point de l’histoire il me faut vous révéler que ce moment de la journée où mes fonctions cérébrales se remettent péniblement en marche est souvent celui pendant lequel j’élabore un brouillon mental de mon texte matinal. Eh oui, au risque d’en décevoir certains – mais qui ? – ces phrases ne jaillissent pas spontanément dès lors que je m’installe devant mon PC. Or cette mise en route cérébrale peut être perturbée par la symphonie frigorifique qui se mêle à mes propres désordres auditifs. Certes, les plus attentifs d’entre vous objecteront que je me sers précisément de ces inconvénients pour écrire le présent article. Et d’aucuns pourraient en conclure que je n’avais d’autre inspiration ce matin. Eh bien je suis au regret de leur signifier qu’ils ont tort. J’avais – et j’ai encore – d’autres idées. Mais elles sont tellement empreintes de colères et de lassitude que je préfère les garder pour moi, au moins pour le moment. Car pendant que le réfrigérateur grinçait, mon esprit s’échauffait face à une avidité imbécile pour les terres glacées. Et je préfère encore vous entretenir des petits sons matinaux d’un réfrigérateur babillard plutôt que des éructations d’un perturbateur braillard. Même si ça doit jeter un froid.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.