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Pas si sociologue

En raison d’un désœuvrement passager dont je ne vais pas tarder à vous livrer l’explication, j’ai acheté un livre ce week-end. Je l’aurais acquis de toute façon car il a été écrit par un ami – encore un, il va peut-être falloir que je m’y mette – mais je n’avais pas vraiment prévu de le faire ce jour-là. Comme je connaissais le titre, « On ne parle pas la bouche pleine », et l’auteur, Alain Kruger, mais pas le rayon où il pouvait se trouver, je me renseignais auprès d’une employée de cette enseigne où naguère je vendais mes livres de cours. « En sociologie, premier étage à gauche » me répondit-elle très précisément. Un je-ne-sais-quoi de frissonnant m’a traversé car c’est la première fois depuis longtemps que je m’aventure dans cette partie du magasin, me contentant habituellement des romans du rez-de-chaussée. Quoi qu’il en soit, je m’en réjouis car les premières pages picorées dans ce bouquin, qui doit son nom à une émission diffusée il y a quelques années sur France Culture, sont délicieuses. Mais pourquoi donc m’étais-je aventuré dans cette librairie un samedi après-midi de soldes ? Parce qu’il me fallait remplacer urgemment mon chariot de course. En relisant ces mots, je m’aperçois qu’après les chaussons et le gilet, j’assemble l’une des dernières pièces du puzzle reconstituant l’image que je me faisais d’un vieux lorsque j’étais encore loin de l’être. Il ne manque plus que le béret et la clope. Mais trêve d’auto-apitoiement, revenons-en à cette tirette, si vous me permettez de l’appeler ainsi. L’actuelle ayant perdu une roue la rendant inapte à parcourir le long et cahoteux chemin vers le marché, je me souvenais avoir aperçu un modèle convenable dans une boutique de la sous-préfecture voisine. Mais alors que j’arrivais dans cette cité historique, je me heurtais à une affluence hors du commun. Les clients s’agglutinaient un peu partout, y compris dans la boutique qui m’intéressait. Un commerce spécialisé dans les ustensiles de cuisine dont l’assortiment d’accessoires de transport de course avait été dévalisé. Nul caddie ou buggy donc. Voilà pourquoi je me rabattais sur les livres, histoire de me dire que je n’étais pas venu pour rien. Ce faisant, je remontais de longues queues s’étirant devant des pâtisseries et autres commerces de bouche. Et me remémorait un article lu récemment qui expliquait que « dopée par les réseaux sociaux et l’envie d’en être, la file d’attente est devenue désirable ». La pratique de la moto étant propice aux observations sociologiques, j’ai en effet constaté ce phénomène lors de mes déplacements parisiens, non sans m’en étonner ni me l’expliquer. Pour ma part, je ne cède pas à cette mode. Et tant pis si « je n’en suis pas ». L’attente m’ennuie. Peut-être parce que le temps passe trop vite.