Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Boucles criminelles

J’ai frisé la correctionnelle. J’ose cette expression dont je ne connaissais pas il y a encore quelques minutes l’origine. Une rapide recherche m’a appris qu’elle venait de commentateurs sportifs qui avaient inexplicablement substitué le verbe frôler par friser, peut-être dans l’un de ces élans que provoquent certaines rencontres entre équipe jouant au ballon de formes diverses. Autant d’informations que j’ai recueillies sur le site de la section suisse de l’Association de la presse francophone qui n’hésite pas à juger que « cette expression, d’une rare stupidité, proférée si abondamment par quelques psittacidés médiatiques, frise surtout… le ridicule ». Afin de gagner du temps et d’en finir avec la partie encyclopédique de ce texte, un psittacidé n’est autre qu’un perroquet. Car si vous êtes encore là, vous devez légitimement vous demander ce qui m’a valu d’approcher la barre d’un tribunal. Mon incorrigible distraction. Alors que chevauchant ma moto, j’attendais patiemment mais la tête ailleurs qu’un feu rouge verdisse, j’ai soudain passé la première et suis parti, persuadé que l’appareil avait effectué sa transition colorimétrique. Ce qui n’était pas le cas comme l’ont constaté les policiers municipaux installés dans la voiture qui me suivait. Ce que je n’ignorais pas, raison pour laquelle les cerbères n’eurent guère de difficulté à me rattraper, ayant scrupuleusement respecté la limitation de vitesse. S’ensuivit une interpellation verbale à laquelle je répondais par la surprise, puis la confusion avant de me confondre en excuses. Le tout avec des mimiques et une gestuelle dignes des grandes heures du cinéma muet. Mon jeu dû être convaincant puisque les agents de la force publique municipale me laissèrent poursuivre mon chemin, non sans une admonestation de rigueur, m’invitant à faire plus attention à l’avenir. Ce dont je convenais naturellement tout en les remerciant de leur bienveillante clémence. Reprenant ma route, encore effarouché, je m’expliquais cet écart de conduite par la découverte d’un souci avec mon téléphone qui me laissait penser qu’il avait pu être piraté. L’explication de ce bug serait trop fastidieuse à détailler ici, et d’ailleurs mon opérateur m’a rassuré ce matin sur son origine tout en me garantissant de sa prompte résolution. Pas plus de criminels que de correctionnelle dans cette affaire donc. Et comme il y a longtemps que je n’ai plus assez de cheveux pour qu’ils frisent, je n’ai plus qu’à la boucler. Quoiqu’en pensent mes confrères helvétiques.