Pour une fois que le journal du matin ne s’ouvrait pas sur une nouvelle foucade du fou ou sur une motion de censure, c’était déjà pas mal. Malheureusement, il s’agissait d’un assassinat, celui d’une personnalité corse abattue dans le cimetière pendant un enterrement. Vraiment pas de quoi rire. Plutôt de s’étonner devant cette scène que l’on croirait sortie d’une série TV. Interviewé par les journalistes le curé raconte très sobrement comment la victime s’est soudain effondrée devant la tombe de sa mère. Avant de conclure en ajoutant à l’intention de l’assassin et de ses éventuels complices : « Je les plains, parce que devant le bon Dieu, je ne sais pas ce qu’ils vont dire », sur le ton d’un surveillant général envoyant une bande de cancres chez le proviseur. Et là, je l’avoue, je n’ai pu m’empêcher de rire, ce qui m’arrive très rarement à l’écoute des informations à cette heure-ci. Ravalant ma culpabilité en me disant que si cela ne se fait pas de rire d’un enterrement, cela se fait encore moins d’y tuer quelqu’un, j’ai pris conscience que le ton de ce prêtre était à l’image d’une société qui ressemble de plus en plus à un établissement scolaire en colère. J’ai ainsi entendu un débat sur la question de savoir si la dirigeante d’un parti politique problématique devait avouer ses fautes pour obtenir la clémence de ses juges ou continuer à nier l’évidence au risque de voir sa peine d’inéligibilité confirmée. Ces doctes experts traitaient de ces questions sur le même ton que s’il s’agissait d’un conseil de classe. Et d’ailleurs les arguments échangés sur la maturité politique du possible remplaçant de la candidate, ressemblaient à ceux des profs de français et de math à propos d’un passage dans la classe supérieure. Enfin c’est une supposition car n’ayant pas été enseignant, je n’ai jamais participé ni assisté à ce genre de réunions me contentant du compte rendu, soit comme élève, soit comme parent d’élève, sans que je puisse dire quelle est la position que je préfère. Aujourd’hui je ne suis plus ni l’un ni l’autre, et en attendant d’être grand-parent d’élève ce qui devrait être plus confortable, j’ai quand même l’impression de ne pas avoir quitté la cour de récréation dans laquelle de sales gamins passent leur temps à tout réclamer sans jamais rien donner. Mais contrairement à l’époque de mes culottes courtes (pas de photo possible, désolé), je n’ai aucun espoir d’entendre la sonnerie. Et la libération qu’elle signifie.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.