Je suis tombé amoureux ! D’une pianiste. Elle s’appelle Yoko Miwa et il y a des chances que vous n’en ayez jamais entendu parler ni jouer une note. À moins que comme cela m’est arrivé, l’algorithme de votre plateforme musicale vous l’ait glissé dans une playlist de jazz. À lire sa courte notice Wikipédia, elle est née au Japon il y a 55 ans et vit et enseigne la musique à Boston. Sur les photos d’elles, on aperçoit une femme qui semble assez petite et frêle. Mais je vous garantis que ses mains et ses doigts sont solides tant son jeu peut être puissant. Depuis quelques semaines, je ne peux m’en passer en particulier quand je suis dans mon jardin et que son jeu me donne de l’énergie pour manier mon râteau. Ma relation avec le piano est au moins aussi complexe que celle d’un soupirant éconduit. J’ai essayé, commencé à apprendre, à amadouer le clavier, mais il s’est toujours refusé à moi. Je préfère envisager ainsi les choses plutôt que d’avouer que je n’ai jamais travaillé assez longtemps ni assez sérieusement pour passer ce cap qui vous permet de commencer à jouer, non pas de, mais avec l’instrument. Ce flirt inachevé le rend encore plus fascinant et s’il m’arrive encore d’envisager de le reprendre, la sagesse de l’âge autant que ma maladresse congénitale me ramènent à la raison. Ainsi cette semaine suis-je tombé au détour d’un scroll sur un extrait de l’Amadeus de Milos Forman. C’est la scène où Mozart humilie Salieri devant la cour de Vienne. Il joue une pièce du maître italien dont il se moque cruellement des faiblesses avant de se mettre à improviser des améliorations sous l’œil amusé de l’empereur. J’avais adoré ce film à sa sortie dans les années 80. Moi qui avais été élevé par des mozartiens mais qui préférais Tommy à Don Giovanni, je comprenais enfin pourquoi mes parents vénéraient cette musique. La bande originale était pourtant un massacre des morceaux de Wolfgang qui étaient exécutés à vitesse accélérée pour les besoins du film. Elle fut cependant ma porte d’entrée dans cette œuvre sublime. Quant à l’interprétation de Tom Hulce dans le rôle-titre, je dois avouer que la vision de l’extrait m’a laissé perplexe. Son jeu hystérique me paraît aujourd’hui aussi insupportable que hors de propos. Et que dire de cette perruque délirante qui donne l’impression qu’il porte une barbe à papa à la vanille sur la tête ? Son volume me rappelle la coiffure afro de mes jeunes années. Mon modèle était Jimi Hendrix. Il était gaucher comme Mozart. Je suis juste gauche. Et cela n’a rien de politique.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.