Sur la photo, on voit deux personnages : Une jolie blonde souriante et un grand brun en voie de calvitie, tout aussi joyeux. Elle porte des lunettes, lui un t-shirt blanc sur lequel on lit : « I love CB », le verbe étant remplacé par un cœur rouge alors que la typo est celle du célèbre slogan de New York. Le type a cependant les yeux légèrement dans le vague, signe d’une ivresse naissante. Ou d’un vague à l’âme. J’ai reçu ce cliché hier par SMS. L’homme, vous l’avez deviné, est l’auteur de ces lignes. La jeune femme est une amie très chère et de très longue date qui m’a envoyé ce souvenir. Comment le qualifier ? Bon ? Moins bon ? Certainement pas mauvais. Disons mitigé. Car ce qui nous réunissait cette soirée-là, c’était la mort de notre journal. Ce qui à l’origine ne devait être qu’un simple pot de départ au café le plus proche de la rédaction s’était transformé en événement parisien avec la complicité de quelques ami(e)s et fidèles de notre aventure. Et c’est ainsi que parti de quelques dizaines nous nous retrouvâmes un millier dans une célèbre boîte de nuit à la décoration des plus douteuses avec boule à facettes et danseuses dénudées en supplément non désiré. Ma première réaction en revoyant ce cliché fut de me dire que ce moment n’était pas si lointain. Pourtant ma correspondante m’assurait qu’il datait de quinze ans. J’ai replongé dans mes archives numériques pour retrouver le dossier de cette soirée paradoxale où les rires et la musique masquaient à peine un grand désarroi. Dehors sous les arcades de la rue de Rivoli, une queue de plusieurs dizaines de mètres ne semblait pas décourager les aspirants fêtards dont certains ne devaient même pas savoir la raison de ces festivités. À l’intérieur, ceux qui savaient dansaient, chantaient et s’enivraient pour faire passer le malaise. Il y avait tant de monde, tant de bruit que l’équipe du magazine avait du mal à se retrouver dans ses libations. En parcourant ces images, je m’aperçois que je ne me souviens pas de tout, de tous et de toutes. Ce qui s’explique non seulement par les années passées mais aussi parce que je n’avais jamais – et je ne crois pas l’avoir fait depuis – autant bu de ma vie. Il y a pourtant une chose dont j’ai le souvenir parfait. C’est que je savais qu’il y aurait une suite. Que contrairement aux apparences l’histoire n’était pas terminée. Preuve que dans toute fin, il y a un commencement. Aïe, voilà que je me mets à philosopher. Manquerais plus que je picole.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.